A cœur ouvert

J’ai lu dernièrement un article qui m’a frappé, presque littéralement. Le thème était le syndrome de l’imposteur. Deux passages en particulier m’ont stupéfaite.

Dans le premier l’auteur disait en essence que lorsqu’il était en circonstance de travail ce n’était pas son moi intérieur (¨inner self¨, tel que décrit dans l’article) mais son moi d’affaires (¨business self¨) qui était présent. Il disait que ses homologues non plus ne lui offraient pas leur moi intérieur, puisque l’un comme l’autre le réservaient à d’autres contextes, plus familiaux ou intimes. Je suis restée baba. Pas parce que je pense qu’il a tort ni même parce que j’ai une quelconque objection morale sur la question mais parce que soudain, en un paragraphe, j’ai compris ce qui a cloché pour moi en entreprise depuis toutes ces années.

Personnellement je ne laisse pas mon ¨moi intérieur¨ au vestiaire alors que je vêts mon ¨moi d’affaire¨. Je serais d’ailleurs bien empruntée puisque je n’ai pas tant de Mois dans mon dressing. Je n’en possède qu’un, franc, transparent, qui se présente entier, à tort (visiblement) ou à raison, quel que soit le contexte. Celui qui tente d’offrir le meilleur aux gens autour ¨even when it hurts you¨ comme m’a fait remarquer un supérieur lors d’une revue de performances.

En lisant le principe du moi intérieur et du moi d’affaires un voile s’est levé. Se poser à une table de poker en espérant maximiser les gains de vos voisins, présumant que les vôtres suivront est absurde. S’étonner d’en sortir perpétuellement épuisé et vidé, dans tous les sens du termes, est une aberration, un refus d’accepter que le poker, jusqu’à preuve du contraire, c’est un jeu à somme nulle. Mon manque de lucidité quant à l’incompatibilité de ma stratégie par rapport au jeu qui se déroulait me laissent bouche bée.

Le second paragraphe, un conseil sur comment surpasser son syndrome de l’imposteur et passer du statut de bleu à celui d’initié en une leçon m’a laissé pantois. L’idée est d’aborder quelqu’un, lors d’une conférence ou après une présentation par exemple. On commence par leur demander ce qu’ils en ont pensé, on écoute poliment, suivi de deux courbettes, et on prend congé. Puis on se dirige vers la personne suivante, leur pose la même question, en espérant qu’ils nous la retournent. Si c’est le cas, la formule est de replacer dans la seconde conversation la phrase de votre premier interlocuteur. Puis de prendre congé et de continuer sa tournée, en ajoutant au prochain round les pensées partagées par le premier et le deuxième joueur — qui contrairement à moi depuis toutes ces années savent peut-être à quoi ils jouent. L’auteur de l’article, un financier bien installé, proposait cette pratique à tous les nouveaux membres de son équipe afin de leur permettre de gagner confiance et aplomb.

Ouah. Si j’avais vu un personnage de Stephen King jouer à cela dans un roman de fiction je me serais dit que Stephen s’était emballé et avait fait l’impasse sur ses recherches. Si j’avais lu Mario Puzo, peut-être aurais-je pensé que c’était énorme mais plausible dans un contexte de Mafia. Comme quoi entre Londres et la Sicile il n’y a qu’un pa — rrain.

Je ne vous propose pas de fermer les yeux pour tenter d’imaginer une population où chacun jouerait au jeu présenté ci-dessus, c’est trop de tristesse et d’ennui.

Je connais maintenant, mieux vaut tard que jamais, les règles du milieu. C’est édifiant. Par contre je ne suis toujours pas prête à m’adonner à des jeux à somme nulle, ni à la version sens dessus dessous ci-dessus du Taboo. C’est donc le cœur à l’ouvrage que je me mets en quête d’un nouveau berceau où le déposer, mon cœur ouvert. Bien loin des salles de réunion et des conférences à charlot.

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