En attendant Godot… ou le facteur

Bon alors si on résume, j’ai quitté un job ¨prometteur¨ il y a quelques mois pour… rien de concret si ce n’est le rêve de vivre à mon rythme et d’écrire. Ajoutez à cela:

  • Que dans deux semaines je serai plus proche de la quarantaine que de la trentaine;
  • Que je me refuse à chercher un autre job en corporate, plutôt aller vivre au-dessous de London Bridge, il y aura plus de chaleur humaine même en hiver;
  • Que si je m’écoutais je ne sortirais plus de chez moi parce que les gens me saoulent à ne pas vouloir comprendre que métro-boulot-dodo-promo ça va un moment mais que la vie ne consiste pas en un job title, un salary grade, un beau mariage précédé par une demande en bonne et due forme et une propriété chère mais qui en vaudra encore plus très bientôt à Londres ;
  • Que mes meilleurs amis depuis plusieurs semaines sont Ulysses (éditeur de texte, je précise) et mon chien, mais que mon chien n’a pas vraiment le choix, et Ulysses non plus d’ailleurs. Ça en dit long;
  • Que depuis que je me suis rapprochée de ce que je veux je ne me reconnais plus: je passe ma vie en training, procrastine, lutte et m’encouble sur moi-même, fais des complexes alternés avec des attaques éclairs de sucré et écoute de la musique relaxante à longueur de journée.

Quant à l’idée, finalement assez simple et logique, puisque c’est ce que je veux faire dans le fond, de juste m’assoir chaque jour à la même heure pour écrire, ça semble trop de structure. Pour quelqu’un qui a jusqu’ici vécu et respiré structure toute sa vie c’est trop d’ironie. Chaque jour est donc un jeu de chat et souris pour m’attraper par l’arrière train et le poser sur une chaise. Après ça va, je redécouvre au quotidien que ça me plaît, en attendant genre je suis atteinte d’Alzheimer chronique après chaque session d’écriture, sans commentaires.

Si l’on parle de mes autres passes temps c’est pathétique:

  1. Attendre le facteur;
  2. Angoisser à l’idée d’avoir peut-être manqué le facteur;
  3. Stresser dans l’idée que je vais tenter d’éviter de manquer le facteur et qu’il faut donc organiser ma journée autour et en fonction de sa potentielle visite.

Je précise qu’à Londres tout marche par livraison et la plupart des fois ils se refusent à laisser les choses sur le palier. Comme on est à des kilomètres de la poste et que je ne peux pas sortir afin de ne pas louper le facteur (-> catch 22), je reste à la maison. Ça n’excuse rien mais peut-être que ça explique un poil… Même pas en fait.

Quitter un job ce n’est pas juste quitter un travail. C’est planter en même temps job, salaire, structure, carrière, réseau social, une illusion de sécurité et sa place dans la société. C’est la formule sept en un de la mort qui tue. J’ai beau n’être à priori attachée à aucun de ces postes en soi, lâcher le tout donne le vertige, et la société regarde d’un mauvais oeil les réponses non standard à la question de ce qu’on fait dans la vie.

Dans les moments positifs je lis des citations, par exemple celle de Gide qui dit que ¨On ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue, d’abord et longtemps, tout rivage.¨ et je me dis que tout va bien, que c’est cool la vie et que tout va se mettre en place.

Et des fois, dans de grands — et trop fréquents — moments de lucidité je me dis, en anglais dans le texte, WHAT THE FUCK?! Ça c’est les autres jours, ceux où je réalise soudain qu’il est passé midi, que je suis toujours en training; que je suis fébrilement en train d’attendre le facteur — dans sa formule premier degré sans encryptage — que je n’ai rien de particulier à faire si ce n’est tout ce que je déciderai, ou rien; que personne ne saura jamais si j’ai passé mon aprèm à écrire un post ou à faire une sieste; et que je sens comme une petite angoisse à l’idée d’aller prendre ma douche car je pourrais manquer le facteur. UNE PETITE ANGOISSE à L’IDEE D’ALLER PRENDRE MA DOUCHE CAR JE POURRAIS MANQUER LE FACTEUR??????!!!!!!

C’est dans c’est moments-là qu’il me faut, à défaut d’un psy, me souvenir de trois choses.

  1. Autant les anglais ils sont pas au top pour plein de trucs, autant je dois leur laisser leur fameux ¨Keep calm and … ¨. Aujourd’hui je keep calm and carry on, on paniquera un autre jour.
  2. Comme l’explique l’auteur de ¨Your Brain at Work¨ (D. Rock), notre cerveau est ainsi fait que des fois il fait des trucs trop zarbs — genre paniquer à l’idée de manquer le facteur — et que c’est juste comme ça qu’il est construit. Keep calm and don’t worry, your brain is just fucked up sometimes c’est ma deuxième pensée.

Et la troisième? Well, fuck le facteur!

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