Une oasis dans le désert

Ce matin plus que d’autres, j’ai l’impression de me battre contre le désert. Fidèle à son nom, le désert n’apprécie pas nécessairement que j’essaie subrepticement de planter des palmiers et des dattiers en son coeur, que je travaille à faire remonter à la surface une nappe phréatique encore souterraine. Il me rabroue et je me retrouve à terre, dans le sable, avec pour seul horizon une mer de sable. Je me relève lentement, reprends mes arbustes et mon campement et avance encore, cherchant à tâtons l’endroit propice pour mon oasis.

Chaque jour je me lève et travaille à mon projet, celui de vivre ma vie à mon rythme, de trouver une activité qui me plaise et me fasse vibrer, de me donner les conditions d’avoir une vie qui me corresponde, d’être de bonne compagnie et de trouver une source de revenu qui me laisse l’espace et le temps de tout cela. Dans cette quête mon moral ressemble salement à la météo de Londres: une heure de bruine, puis de la pluie sérieuse, suivie de brouillard. Parfois le soleil fait une brève apparition avant de disparaître rapidement derrière les nuages.

Chaque soir je me couche avec tantôt l’impression d’avoir progressé — j’ai plus écrit, j’ai été plus productive, j’ai eu moins de pensées négatives, j’ai appris quelque chose — tantôt avec l’impression que mes efforts restent invisibles, que je stagne — ¨J’ai écrit plusieurs heures aujourd’hui et alors?¨; ¨J’en suis à la semaine 11 de ¨artist’s way¨ mais au final qu’est-ce que ça change?¨. Et tout le monde sait cela, qui stagne dans le désert s’expose à une mort certaine. Si je suis honnête je dois aussi dire qu’il est difficile d’évaluer les progrès quand tout ce que l’on voit à l’horizon et de tous côtés est du sable du sable et toujours du sable.

Ce matin plus que d’autres, je me lève avec l’impression que le désert a repris le dessus, à quoi bon lutter? C’est perdu d’avance et ne puis-je pas simplement comme tout le monde me trouver un petit job qui paie les factures et engloutit mes questions et doutes sous une pile de formulaires, d’emails à envoyer et à lire, et les happy hours. A mon grand dam je sais que cela ne réglerait rien, j’ai essayé. Quant à me faire oublier mes questionnements, je crains que rien ne le puisse. Ne me reste donc qu’à vivre avec, à m’en accommoder et si possible à y trouver un sens, ou disons une utilité.

Puis je pense aux gens riches et me dis ¨si seulement j’avais une piscine¨ (sic!) ou ¨si seulement j’avais quelqu’un pour s’occuper de la maison, je passerais moins de temps sur la lessive et le ménage¨. Mais passerais-je plus de temps à écrire? Passerais-je moins de temps à combattre ce désert rampant qui menace? Passerais-je moins de temps à douter, me questionner, m’attrister, me démoraliser? La réponse honnête est non. Enfin sauf si j’avais une piscine 😉

Si je suis honnête même les gens riches ont ces doutes. Garder un équilibre artistique, se rapprocher de soi est certainement encore plus dur quand on a tout, je ne sais pas.

Je décide de dépasser mon état Schtroumpf grognon, mes ¨pas envie de¨ <ajouter une liste sans fin d’activités, intéressantes et moins>. Comme à chaque fois depuis quelques mois je me recentre sur le processus, sur les tâches. Chaque jour me lever, chaque jour écrire, même si ce n’est qu’un tout petit peu, chaque jour apprendre un peu, chaque jour avancer, même si tout ce que je vois n’est toujours que sable et poussière. Parce que je ne sais pas ce qui se cache derrière la prochaine dune, parce que les oasis se dressent soudain, hors de rien et le plus souvent quand on ne les attend plus. Même s’il est possible — probable — que ma quête d’endroit rêvé pour planter mon oasis prenne encore des mois, dans années. Même si l’idée que je puisse même planter mon oasis n’est qu’un mirage en soi— parce que qu’on se le dise mes doutes sont tricotés sur la bête et que tant que je serai là ils le seront aussi. Tant pis. Je remercie intérieurement E. Gilbert et tous les autres qui viennent me rappeler l’importance des petits pas réguliers, reprends mes arbustes sous le bras et continue ma route dans le désert. Au moins là-bas c’est l’été et il fait beau et chaud.

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