Foot et caetera

Bon maintenant que l’Euro est terminé je peux le dire sans gâcher le plaisir de quiconque: je n’aime pas le foot. C’est à dire, je n’y connais pas grand’ chose, c’est vrai. Mais le peu que j’ai pu en voir ou entendre ne m’a pas impressionné des masses.

Certaines personnes sont comme moi peu convaincues mais s’intéressent au foot quand il y a les coupes — européenne ou mondiale, ou alors les jeux olympiques. Moi même pas: je n’abandonnerais aucune activité, aussi peu intéressante soit-elle — pour aller me coller devant un match de foot, quelle que soit l’équipe. L’idée de passer 90 minutes à regarder des bonshommes débordant de testostérone — tout attractif que cela soit pour l’oeil je trouve les comportements en découlant assez peu gracieux, semblant apparentés aux grands lamas cracheurs, courir après une balle et démontrer des comportements peu courtois — lisez agressifs — les uns avec les autres, parfois ¨juste¨ verbalement, quand on a de la chance. Aucune raison donc pour moi de suivre l’Euro ces jours, plus que le mondial ou un match affichant péquin contre péquin.

Sauf que… Il est portugais, et que ce soir c’est la finale, c’est donc son équipe qui va jouer. Comme tout peuple du sud, les petits et les grands plaisirs de la vie, ça se partage sinon à quoi bon. Le foot, L’Euro au minimum, faisant partie des grands plaisirs qu’il nous est donné de vivre sur cette terre (!), je me fais violence et m’assieds sagement à côté de Lui et de Son cousin qui est venu regarder le match chez nous pour l’occasion.

Installée sur le canapé avec mes deux Lusophones je me fais une raison: ce soir c’est foot, pas la peine d’ergoter, on mettra cela dans la catégorie ¨concessions¨, affaire classée.

Je dois dire à postériori qu’à part de sauter sur toute les occasions possibles de resservir un petit ceci à manger et un gros cela à boire, j’ai suivi tout le match: 200 minutes de ma vie investis pour la bonne cause et la paix des ménages.

Tant qu’à être vissée sur le canap pendant tout ce temps, je me prends à regarder autour de moi plutôt que la télé. Oui parce que les corner, hors jeu, poteau, carton jaune, vas-y-que-je-te-choppe-ton-t-shirt, attends-que-j’insulte-ta-famille-pour-te-déstabiliser-et-en-plus-ça-marche-à-tous-les-coups-et-tu-peux-même-pas-le-prouver-et-l’arbitre-ne-peut-rien-me-faire, et les hop-un-petit-coup-de-coude-ou-de-genou-ça-fait-toujours-son-petit-effet, ça va un moment. Et là un monde s’ouvre, celui de la passion sportive, du patriotisme et du plaisir de partager un moment dont on ne sait pas encore s’il sera bon ou mauvais (ou très mauvais).

Tout cela m’est bien entendu totalement étranger: Du terme ¨passion sportive¨, mon cerveau ne comprend que pouic, quant à l’idée de passer du temps à regarder des gens faire quelque chose que je n’aime pas faire (courir) sur laquelle je n’ai aucune prise et de laquelle maltraitance (parfois bon enfant, parfois moins), menace et autres jeux d’intimidation sont partie intégrante, cela m’échappe complètement. Je ferai l’impasse sur la question des scandales liés à ce sport noble qu’est le foot, là n’est pas mon sujet.

Enfin bref, sur le canapé la vie va bon train: Les petits cris poussés, commentaires d’encouragement pour l’équipe portugaise, soupir exaspérés lorsque l’un ou l’autre manque une action, retenue de souffle quand les bleus s’approchent un peu trop de la moitié de terrain à protéger, soupirs de soulagement lorsqu’ils prennent un poteau ou loupent l’offensive, mouvement de rassise sur le rebord du canapé — plus près de l‘action — valent largement mon investissement en temps et ma peine: Ils sont vraiment trop choux mes deux patriotes.

Au niveau des encostardés dans le poste — il paraît qu’il y en a un c’est le coach, les autres j’en sais rien et je dois dire que ça me passe assez au-dessus pour ne pas avoir posé la question, ou alors pour avoir déjà oublié la réponse — c’est moins mignon: ça crie, ça profère des jurons, ça se lève, se rassied, ça rougit, ça implose. Je crois qu’ils ne portent pas de cravate parce qu’ils l’ont mangée lors du dernier match avec leur chapeau.

Puis Ronaldo sort, on est au bord de la crise d’épilepsie. L’un de mes supporters-maison succombe presque au désespoir, le mien, pendant que son cousin murmure des paroles d’encouragement dans la langue de Camões ¨On n’a pas besoin de Ronaldo, on peut gagner sans lui¨. On retient son souffle. Dans le poste ça court, ça tire — le ballon et les t-shirts — ça cartonne — jaune ou pas — et finalement… ça marque.

(Vous m’excuserez le commentaire succinct, pour plus de détails croustillants je vous conseille les chaînes portugaises et françaises, qui vont passer des heures et jours à analyser le match. Encore une chose qui m’échappe d’ailleurs: c’est fini, c’est passé, just let it go. M’enfin.)

Ça a marqué du côté portugais, ouf! Disons que même si j’avais été aveugle et sourde je l’aurais su, rapport aux sautillements, cabrioles et culbutes de mes deux Lusophiles. Ça s’embrasse, ça danse, ça se fait des hug, puis le plus gravement du monde ça se rassied et se recolle à l’écran: c’est maintenant qu’il faut se concentrer, c’est maintenant qu’on a tout à perdre. On retient son souffle, il faut tenir, le match n’est pas fini mais tout bientôt, on est déjà dans les prolongations.

L’équipe portugaise traîne les pieds, le gardien se prend un carton jaune pour badinage balle en main: on veut bien que tu prennes ton temps mais là ça commence à ressembler à du séquestre; les spectateurs ont payé pour du sport pas pour voir des joueurs faire la carotte parce que ça même Tartampion peut le faire, et pour moins cher de l’heure.

Les minutes passent, on arrive à la fin des prolongation, l’apnée continue pour encore deux minutes. Puis c’est le long sifflet de fin, le Portugal est championne d’Europe, celle du sport. L’équipe presque au complet est estropiée mais les douleurs terrestres s’envolent en un instant pour l’occasion, quitte à revenir demain ou à un moment plus opportun. Ronaldo lance son t-shirt, et son entorse, dans les gradins avant d’aller rejoindre l’endroit où l’on décerne la coupe à la meilleure équipe européenne de cet Euro 2016. Non sans avoir passé par la case ¨photo à torse nu¨: un mythe ça s’entretient.

Du côté des rouges dans le poste ça danse, ça chante, ça rit, ça saute dans les gradins, ça s’embrasse, ça pleure de joie, ça se passe la coupe.

Du côté des rouges dans le salon ça a le sourire jusqu’aux oreilles, ça commente, ça se réjouit pour ¨tous les immigrants portugais en France¨, ça appelle la famille au pays, ça envoie des notifications, ça met ses chaussures (et sa veste) pour aller fêter cela dignement là où la concentration portugaise est de plus de deux au kilomètre carré.

Du côté des bleus dans le poste c’est plus triste, on s’assied, l’air abattu, l’oeil humide. On s’embrasse aussi mais nettement moins allègrement. Et bien non cette année ce n’est pas nous les champions. Mon coeur se serre, je n’aime vraiment pas les jeux à somme nulle et je déteste ces moments où la caméra passe d’une joie sans limite à un coeur gros. Je me reprends, le Portugal a gagné, c’est génial!!

Alors que je vois mes deux sortir direction Stockwell — paraît que c’est là-bas que le titre va se fêter dignement à Londres — je me dis que je n’ai vraiment pas perdu mon temps. Avant de m’endormir je compte mes moutons:

Environ Un million d’immigrants portugais en France qui ont de quoi fêter ce soir;

Deux cousins heureux sautillant à Stockwell;

Trois grands blessés chez les portugais pendant le match — je crois;

Quatre centièmes de seconde c’est ce qu’il aura fallu à Ronaldo pour oublier son entorse et courir recevoir le trophée;

Cinq c’est le nombre de claques que je mettrai à chaque fois qu’un de ces gaillard en moleste un autre, quelle que soit leur couleur — niveau maillot ou autre;

Six-eulement on était à Lisbonne juste là, pour fêter cette victoire au chaud;

Je vous laisse le soin d’imaginer le huitième mouton, quant à moi vous souhaite bonne nuit 🙂

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