De l’inconfort…

Je suis stressée. Je suis mal à l’aise. J’ai chaud, j’ai froid. J’ai faim. Il fait lourd. Elle me stresse, il me fatigue. Je n’ai jamais fait ça et je ne sais même pas comment m’y prendre. C’est nouveau et je ne sais pas comment faire, c’est très désagréable. Je ne suis sûre de rien, jamais, c’est navrant. Même si je fais la même chose dix fois, cent fois, le résultat peut toujours changer, on peut toujours changer. D’avis, de préférence, de course.

J’ai envie mais je n’ose pas. Peut-être que c’est mieux si je reste à ma place. A MA place. Celle qu’on m’a dévolue, celle que je me réserve, celle que j’ose occuper pleinement.

Je fais ça tout le temps, c’est très rassurant. Tellement que je ne me rends plus compte à quel point; plus compte qu’il pourrait en être autrement. J’aime le train train, le connu, l’attendu. Juste avec ce qu’il faut d’inattendu mais aux heures et jours qui me conviennent, si je veux. Je maîtrise, j’adore. Je regarde et reconnais ce qui m’entoure, j’ai l’habitude, je sais comment faire. Je peux prévoir ce qui va arriver. Quand je m’ennuie je pars en vacances ou en weekend, avec la certitude ancrée que je pourrai revenir quand je veux dans mon pré balisé. C’est une pensée très agréable. Je vis avec ce sentiment de certitude absolue, de légitimité. Je ne doute pas je sais. Je vois les gens s’égarer, moi je sais où je vais.

Ma seule constante est l’inconnu, l’inconfort. J’essaie quelque chose de nouveau et c’est tellement inconfortable. Je n’ai jamais fait cela et je me sens totalement à côté, totalement nulle, totalement en stagnation éternelle. C’est sûr je n’y arriverai jamais, c’est sûr je devrais déjà y arriver parfaitement. C’est sûr ce n’est pas fait pour moi, il faut que je retourne à ma place, dans mon pré balisé. Je désespère. Et les autres, ah les autres…. Ils y arrivent, eux. Ils ne se sentent jamais aussi mal que moi à cet instant, j’en suis sûre.

J’aimerais, j’hésite. On me rabroue, je retourne me ranger.

Le nouveau ne m’intéresse pas sauf quand je le décide. Ce que j’aime c’est exceller. Les terres nouvelles c’est bien un moment mais il ne faut pas en abuser. Parfois je ne parle pas j’aboie, c’est parce que les autres ne comprennent pas, ils ne voient pas, pourtant c’est très simple.

Je passe le croisement et je tourne à gauche. Tout le monde a tourné à droite mais moi je me demandais ce que j’allais trouver à gauche, alors j’ai suivi ma curiosité. Je sens des picotements dans mes mains, un léger vertige et une boule au ventre. Je me sens aussi un peu seule, ils sont tous partis à droite.

Quand je reviens on me demande où j’étais. Je réponds ¨à gauche¨, les gens me regardent d’un air hagard. Je suis mal à l’aise. Mais j’ai aimé aller à gauche, il y avait du soleil, un paysage vu d’un autre angle, moins de monde. La prochaine fois j’irai à droite, ou tout droit, ou à droite. Tout est ouvert.

J’ai tourné à gauche, puis j’ai regretté, ai rebroussé chemin et ai couru à droite. C’est mieux comme ça.

Au croisement je pars toujours à droite, ne pas me poser la question me laisse de l’énergie pour ce qui est réellement important. Et d’ailleurs sachant que le chemin de droite est le plus court, le plus direct, le plus sûr, pourquoi diable ferais-je différemment. Mes parents déjà prenaient le chemin de droite. Et tous ces gens qui se croient malins de partir à gauche, je ne les comprends pas et très franchement ils ne m’intéressent pas.

Je suis perdue. J’ai tourné à droite, ou à gauche, ou je n’ai pas tourné je ne sais plus. J’ai l’impression de tourner en rond. Ma tête va exploser. J’ai chaud j’ai froid, j’ai envie que ça s’arrête. J’ai envie de me cacher sous ma couette et d’attendre que le monde ne tourne plus, que ma tête ne tourne plus, que je me réveille en ayant envie de tourner à droite, toujours, comme les autres. J’ai envie de revenir en arrière et de ne pas avoir tourné à gauche.

Pourquoi je ne peux pas tout simplement prendre le chemin balisé, le connu, le plus court, le plus sûr, le même qu’eux. Au loin je les vois tous, à droite. Peut-être que si je m’approchais je découvrirais une illusion d’optique, ils ne sont peut-être pas tous sur le même plan. Le fait qu’ils semblent être tous à côté, en groupe, ensemble, ligués même me suffit pour l’instant à me demander pourquoi diable il faut toujours que je tourne ailleurs, différemment, des autres et de la dernière fois.

Parfois au fond je m’ennuie, ce pré où je suis né, peut-être n’était-ce pas exactement ce qu’il me fallait. Mais enfin il est là et je suis là, il faut arrêter de chercher midi à quatorze heures.

J’ai découvert une nouvelle terre, inhabitée, inexplorée. C’était magique. Je me suis soudain sentie envahie d’une chaleur agréable, au coeur et dans tout le corps. Le sentiment d’inconfort m’a quitté pour un instant. Et en regardant autour j’ai vu tout le chemin parcouru, et j’en suis sûre maintenant, je ne tournais pas en rond, je n’ai jamais cessé d’avancer, avec des détours certes, mais c’est peut-être cela qui m’a permis de trouver la petite porte cachée qui m’a menée jusqu’ici. Je vais rester un peu, mais pas trop longtemps, après il me faudra reprendre ma route. Le mouvement et donc l’inconfort est ma constante, c’est aussi un gage d’apprentissage, du fait que je suis vivante.

Je maîtrise tout, toujours et ça m’ennuie. Je m’ennuie. Mais que font ces gens, tous ces gens qui tournent à gauche. Ils m’énervent. Ils m’agacent. Pour qui se prennent-ils? C’est pourtant clair, c’est à droite qu’il faut tourner. Et en même temps tous ces gens qui ont toujours pris à droite m’ennuient. Enfin au moins je me retrouve, je sais où je suis, et ça c’est crucial.

Quels textes n’auraient pas été écrits, quels personnages ne seraient jamais nés si vous et moi prenions toujours à gauche, si l’on suivait plus souvent le confort.

Quels textes, personnages, univers doivent leur vie à tout ce que l’on a vu sur le chemin de gauche, alors qu’on ramait dans le sable, alors qu’on se croyait perdu.

Image: https://www.pexels.com/photo/sand-dry-cracks-desert-94295/

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