Gare aux mots

Jamais, toujours.

Je t’adore, je la hais.

Cela sera toujours comme ça.

Je suis incapable. Je ne sais pas. Je ne saurai jamais.

Je t’aimerai toujours.

Ce n’est pas possible; pas logique; pas aimable.
C’est gentil.
Elle n’est pas belle je suis trop gros. Il est parfait.

C’est comme ça on n’y peut rien.
Ça ne changera jamais.

Ce serait un échec.

C’est incroyable il réussit tout ce qu’il entreprend. Il transforme tout ce qu’il touche en or, rien ne lui résiste.
Moi pas. Moi je rate tout.
Je ne comprends rien.

C’est ridicule. C’est bien. C’est mal.
Les chats c’est gentil.
Les loups c’est méchant.
Les ours c’est très méchant. Sauf les pandas.

Tu dois faire des études.
Je dois me ranger.
Il devraient se marier.

Il est nul. Il ne fait que des trucs pourris.

Je ne pourrai jamais.
Mais qu’est-ce que je crois?!
Tu te prends pour qui?!

Je suis trop jeune, je n’ai aucune expérience. Je n’ai aucune chance.

C’est de leur faute, ils m’ont mis là.

Les murs se ressèrent et bientôt même un tour sur moi-même me semble impossible.

Je suis trop vieux, il est trop tard.
C’est comme ça, on n’y peux rien.

Tout est de ma faute je suis un désastre.

Son poing frappe violemment sur la table et les mots sursautent et volent. Ils retombent sans grand fracas. Ils reviendront, bientôt. Pour le moment ils rampent sournoisement autour de lui à la recherche d’une faille. Et ils la trouveront ce n’est qu’une question de temps.

En attendant…
Un peut-être timide, un rêve, une étincelle.
Un ¨se peut-il?¨, un ¨j’aimerais¨, un ¨et si…¨.

Ils s’approchent, ils arrivent. Juste le temps d’un flash, un ¨rien n’est impossible¨ qui disparaît aussi vite qu’il est venu.

Ils sont à nouveau sur moi, me collent au cerveau, à la peau. Ils m’enserrent dans leur étreinte, se lient pour créer la prison dont je m’entoure. Pour m’enfermer.

Je ne veux pas mais je ne peux pas. Je ne sais pas. Encore.

Chaque mouvement de lutte me fait saigner et j’en porterai les cicatrices. Toujours.
Pas cette fois, pas comme ça, pas de nouveau. Ils me lacèrent et je me débat.
Je décolle un à un ces mots de moi, de mon être, de mon cerveau, de mon âme. Un à un et sans relâche je fais taire ces mots.
Dehors les ¨jamais¨, banni les ¨toujours¨. Exit les jugements, les discours immuables et assourdissants sur ce que je sais et ce que tu ne sauras jamais. A bas les vérités absolues et les comparaisons inutiles. Tu es un monstre, elle est plus belle, je suis une victime.
Ils tombent mais se relèvent. La guerre rugit, elle dure, elle m’use, je ne vois pas la fin de ces murs, de ces mots qui semblent se reconstruire tout seuls, un nouveau mur se cachant derrière celui que je viens de faire tomber.

Soudain je me débats autrement. Plus calmement, plus posément.
Un ¨tout est possible¨ prend racine et gonfle dans mon coeur.
C’est possible, je le sais. Je le veux. Je l’aimerais. Je ne sais pas encore comment mais je ne doute plus.

La place se fait mais la bataille gronde toujours en moi. Je ne peux pas baisser la garde.

Je veux, j’aimerais.
Je peux. Je sais que je peux.
Je vais.

Ce matin je me réveille dans le calme. Ils m’ont quitté.
Le silence est assourdissant.
Ces mots qui étaient miens, nous vivions si étroitement. Je peux les remplacer.
Un voile se lèvre sur l’horizon.
Je tends la main, touche les nuage. Plus de haut plus de bas. Plus de mieux plus de pire. Plus de moche beau, laid. Plus de certitudes.
Une angoisse passagère. Puis une infinie liberté.

Que vais-je faire de tout cet espace?
Et vous?

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