Choisir l’art

Choisir l’art c’est se lever, se coucher et être debout dans le doute. C’est chaque jour se demander pourquoi, se demander comment, se demander pourquoi pas.

Choisir l’art c’est accepter de ne pouvoir répondre avec certitude à aucune de ces questions et de les laisser vivre leur vie à nos côtés, parce que c’est là qu’elles doivent être.

Choisir l’art c’est apprendre la patience, la résilience et le lâcher prise. Parce que c’est long, toujours plus que ce que l’on pensait. Parce que c’est tortueux, jamais dans les endroits où on l’attendait. Parce que les échelles et les repères sont bouleversés, renversés, chamboulés.

Choisir l’art c’est accepter de s’attacher au processus et de lâcher prise sur le résultat, tout en ayant une certaine idée de ce dernier. Parce que si c’est de l’art, on ne le fait pas pour le résultat.

Choisir l’art c’est accueillir et célébrer ce résultat quel qu’il soit. C’est l’aimer parce qu’on sait ce qu’on y a mis. Parce qu’on reconnaît y avoir placé son soi le plus intime, injecté autant d’amour et de soin que l’on a pu en récolter. Choisir l’art c’est accepter que c’est tout ce que l’on peut, et que c’est déjà pas mal.

Choisir l’art c’est apprendre à se choyer. C’est comprendre que puiser au fond de soi chaque jour ne peut se faire qu’au prix de bons soins prodigués à notre puits d’or. C’est apprendre à s’écouter, à se tenir la main, à se panser, à se pousser sans se brusquer, à s’encourager chaque jour.

Choisir l’art c’est apprendre la différence entre ne pas vouloir se lancer, doucement se prendre par la main et y aller quand-même et ne pas vouloir se lancer, entendre ce ¨NON¨ qui se crie au plus profont de nous et lui laisser le temps.

Choisir l’art c’est tenter de sortir du tourbillon dans lequel on est invité à toute heure.

Choisir l’art c’est s’entendre dire que l’on fait n’importe quoi, parfois y croire. Et se demander. Toujours se demander. Est-ce que c’est bien? Est-ce que c’est juste? Est-ce que c’est vrai? Est-ce que c’est moi?

Choisir l’art c’est apprendre à voir onduler toutes ces questions sans s’émouvoir, sans vouloir à tout prix entrer dans la danse, et les laisser virevolter autour de soi. Parce que tant qu’elles dansent et virevoltent à nos côté, c’est bien de l’art.

Choisir l’art c’est se sentir différent, parfois hors du temps, souvent hors du coup, toujours hors du groupe. Parce que si l’art vient du plus profond de soi, on doit accepter de s’éloigner un peu, de lâcher ces mains et ces présences si rassurantes. Le groupe peut nous porter jusqu’à un point, puis c’est à notre tour, sans filet, sans foule, sans témoins.

Choisir l’art c’est accepter de regarder nos blessures, nos doutes, nos questions, nos limites, notre humanité dans le blanc des yeux et délicatement les prendre pour en faire quelque chose.

Choisir l’art c’est s’exposer aux critiques, aux questionnements et aux doutes des autres. C’est devoir apprendre à se construire une carapace sur l’extérieur, juste de la bonne épaisseur.

Choisir l’art c’est apprendre à discerner les critiques qui nous feront avancer de celles qui sont vides de tout.
Qu’est-ce qui est bien? Qu’est-ce qui est mal? Qui sur cette terre peut se targuer d’avoir ces réponses?

Choisir l’art c’est apprendre à discerner les gens qui nous font avancer, ceux qui à nos côtés avancent de ceux qui s’attachent à nos basques pour que nous les emmenions en poids mort dans notre sillage, n’importe où pouvru que ce soit bien loin d’eux.

Choisir l’art ne dépend pas de la discipline choisie. Ce n’est pas une question de littérature, de musique, de chanson, de dessin, de sport, de cuisine, de peinture… C’est une question de positionnement, de flamme, de choix. C’est chaque jour se présenter généreusement, sans compter, que ce soit pour poser des mots sur le papier, chercher une cure contre le cancer, s’occuper d’un enfant, faire monter sa mélodie dans l’air du temps, servir des repas chauds, dépeindre ce que l’on voit sur une toile ou construire des châteaux de sable sur la plage.

Choisir l’art c’est se choisir et choisir l’autre. Parce que si j’apprends à exister dans mon humanité, dans ma vulnérabilité, dans mes difficultés, dans mon unicité, je me rattache à ce qui nous lie. Et que c’est par ces liens que tout devient possible.

Choisir l’art c’est écouter cette petite voix nous souffler notre vérité. Même quand cela ne nous arrange pas. Surtout quand cela ne nous arrange pas.

Choisir l’art c’est accepter d’entrer dans une autre échelle temporelle et matérielle. Une au croisement des ¨je veux¨ et du ¨j’écoute¨.

Choisir l’art c’est accepter qu’il y a d’autres forces, d’autres sources autour de soi, qui parfois semblent nous aider et parfois semblent se liguer pour nous empêcher. Et c’est reconnaître qu’elles ne font ni l’un ni l’autre, et l’un et l’autre.

Choisir l’art c’est choisir la vie dans tout ce qu’elle a de désordonné, mystérieux, renversant, déroutant, touchant, agaçant, attristant, réjouissant et précieux.

Choisir l’art c’est être debout dans le doute, lumineux dans les questionnements, ancré dans la vie. Choisir l’art c’est choisir la Vie.

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Crédit d’image: Depositphoto

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Entre fiction et réalité, chaque texte recueilli dans mon dernier livre, Patchwork marque un bout du chemin parcouru entre ma décision de prendre la plume et la publication de mon premier livre.

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