In or out?

Je ne regarde pas les nouvelles, ne lis pas les journaux, n’ai aucun ami sur Facebook, pas de compte Twitter, Instagram ou Snapchat.
Je n’ai pas la télévision, ne regarde pas la météo.

La plupart des gens, quand ils apprennent comment je vis, me regarde comme une bête curieuse, comme s’il manquait forcément quelque chose à ma culture, à ma personne. Une forme d’intelligence, d’intérêt, d’empathie, d’ancrage dans la vie:
Je ne sais donc pas ce qui se passe dans le monde?!
Je ne m’intéresse pas à ce que vivent mes amis et connaissance?!
Comme c’est curieux!

Ce qu’ils ne savent pas, c’est que du haut de toute mon ignorance sollicitée, je les regarde avec autant de curiosité…

*

Chaque jour me faire dire ce qui se passe autour de moi, ce qui est important, ce qui devrait m’inquiéter, me réjouir, me désoler? Non, merci.

Faire confiance à quelqu’un ou une institution, pour démêler à ma place le ¨vrai¨ du ¨faux¨, le ¨bien¨ du ¨mal¨? Laisser mes perceptions et mon jugement en pâture à qui veut bien en disposer? Non, merci.

Entrer dans la danse du bien-mal-vrai-faux-laid-beau-triste-lemondevamal? Des push plutôt que des pull? Non, merci.

Me culpabiliser tout en me donnant bonne conscience? Parce que des gens souffrent une catastrophe naturelle, survivent, meurent, n’ont rien à manger, sont victimes d’une guerre et d’atrocités mais qu’au moins, je m’intéresse et ai une pensée pour eux. Non, merci.

Baisser les armes, prendre ce que l’on me montre, me donne, ce qui se dit, se fait, se pense ou non pour argent comptant? Non, merci.

Mettre aux antipodes ¨faire comme tout le monde¨ et ¨se couper du monde¨? Non, merci.

Oublier, à travers la routine et les habitudes, qu’à chaque instant j’ai un choix et une responsabilité; qu’à chaque instant je dois décider de mon ¨quoi¨ et de mon ¨pourquoi¨? Non, merci

Chercher les réponses sur des écrans, oublier de lever le nez au ciel? Non, merci.

Craindre d’avoir l’air d’une ignorante, de ne pas être capable de tenir une conversation parce qu’une conversation devrait signifier palabrer des autres et des news au travers de ce que nous en disent les médias, Facebook ou Twitter? Non, merci.

Penser mes liens et relations en termes de qui partage et a accès à quel contenu, qui a liké, repartagé, ce qui a buzzé? Non, merci.

Passer à côté d’un apprentissage nécessaire dans ce monde cacophonique: celui de sélectionner, de trier, de questionner, de choisir, de manquer, de passer à côté, de me tromper, de ne pas savoir? Non merci.

Me moquer lorsque c’est facile? Être d’accord quand c’est dans l’air du temps? Non, merci.

Espérer que qui je suis, ce qui me fait vibrer ou me sape le moral me soit un jour présenté au 20h? Laisser les canaux extérieurs brouiller ma réception déjà ténue de mon monde intérieur? Non, merci.

*

Mais demander à quelqu’un comment elle va et la regarder dans les yeux comme elle me répond.

Affiner mon regard et mon sens de l’écoute. Apprendre à entendre et voir ce que l’on ne me montre pas du doigt.

Explorer chaque jour comment je peux faire mieux, aider le monde à mon échelle, être une meilleure version de moi, apprendre à faire des choix.

Choisir quels contenus je veux offrir à mon cerveau pour le stimuler et soutenir son développement.

Me pousser à aiguiser ma curiosité, à m’instruire ¨au détour de¨. D’un terme entendu dans la rue, d’une affiche, d’une référence attrapée au vol, d’un son, d’un sourire, d’un regard.

Me renseigner sur quelque chose que j’observe, sans chercher à savoir si c’est tendance, si d’autres en parlent, si cela est digne d’attention.

Me responsabiliser à chaque instant. Me souvenir qu’il y a autant de façons de faire les choses que de gens sur cette terre, tant que chacun de nous se souvient qu’il peut et doit choisir et décider.

Constater des années plus tard que Diams ou Mc Solaar se sont retirés de la scène. Sourire de mon retard et de mon ignorance. Me demander finalement ce qu’est l’ignorance. Être heureuse de ne pas avoir été prise dans la tempête du jugement, saluer leur courage et le retour de MC Solaar qui coincide, selon mon échelle temporelle, avec le début de son absence.

Découvrir Orelsan des années lumières après tout le monde par une suite de complets hasards, me délecter de certains textes sans être parasitée par le avant, le après, le peut-être, le sûrement pas, le devrait ou pas.

Déduire les tendances parce que je les observe dans la rue.

Savoir qu’il pleut parce que je sens les gouttes glisser sur ma peau.

Me faire regarder comme une bête curieuse et me donner un high five à moi-même, parce que si avoir l’air d’une bête anachronique inepte peut planter un questionnement alentour, ma journée n’a pas été perdue.

*

Crédit d’image: Depositphoto

*

Entre fiction et réalité, chaque texte recueilli dans mon dernier livre, Patchwork marque un bout du chemin parcouru entre ma décision de prendre la plume et la publication de mon premier livre.

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