Le revolver dort

Elle va partir. Elle ne peut pas continuer à vivre. Lui non plus. Il ne le mérite pas, il ne la mérite pas, ils ne se méritent pas, ils ne le méritent pas. Laisser deux orphelins est hors de question.

Le scénario se déroule. Si facile, l’arme à domicile.

Commencer par la plus petite, qui dort si profondément. Seul un souffle sépare cet état de l’autre. Un souffle, de l’air, rien.

Puis l’autre, le plus grand. Il se sera sûrement réveillé, peut-être qu’il ne dormait pas. L’homme devra faire vite. On retrouvera le fils à terre, dans le couloir boisé. Un cri d’alarme à la bouche, les yeux ouverts, lucide. Il le fixait, l’accusait de son regard sombre, il n’aura pas le temps de faire plus. Le père l’a fait taire.

Si les deux orphelins ne sont plus, l’homme ne peut plus reculer, il doit terminer le propos même de son action, le centre de ce qui l’occupe. Elle.

Les bruits l’ont réveillée, alertée, elle est sortie dans le couloir en panique. Elle a juste vu tomber son fils, ne pense pas à la petite, qui dort. Elle hurle.

L’homme doit faire vite, il doit viser de loin, un tir distant depuis où le fils est tombé. Depuis là où l’homme a tout juste eu le temps de se retourner.

La maison est grande, il avait préalablement fermé toutes les fenêtres, il n’y a pas de voisins. Mais il doit faire vite, parce que s’il pense trop…

Il tire et elle tombe, la maison silencieuse prend une couleur rouge aniline. Aniline, C6H5NH2, nil. Au final, ce n’est que de la chimie, qu’une couleur.

Cesser de penser, tenter de s’en convaincre, la vie n’est qu’une question de chimie, quand la chimie s’en va il faut tout anihiler. Rien ne vaut quand les formules ne tiennent plus.

Il pensait que le métal sur sa tempe serait froid, il est brûlant. Ne pas penser. Ne pas écouter les cris silencieux, la maison, les murs qui suintent. Le rouge, la chimie, la chimie qui s’en va, eux quatre, partis.

L’homme, le père repose le revolver dans le coffre du galetas et ferme les yeux sur ce scénario qu’il choisira d’exclure. Le revolver dort, pour toujours.

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Crédit d’image: Depositphoto

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Entre fiction et réalité, chaque texte recueilli dans mon dernier livre, Patchwork marque un bout du chemin parcouru entre ma décision de prendre la plume et la publication de mon premier livre.

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